Rédigé par Simon Soulat, le 17 avril 2026

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Une nouvelle unité
L’affaire Robert Boulin n’est pas enterrée. Le dossier vient d’être transmis au pôle « cold cases » de Nanterre, cette unité spécialisée créée en 2022 pour rouvrir les affaires non résolues. Deux juges d’instruction vont reprendre le travail là où Versailles l’avait laissé, c’est-à-dire nulle part : des années d’enquête sur la piste criminelle, sans mise en examen, sans même une garde à vue. Ce qui a déclenché ce transfert ? L’apparition d’un témoin tardif, Elio Darmon, ancien du grand banditisme, qui affirmait avoir surpris une conversation en boîte de nuit entre deux hommes évoquant la mort du ministre lors d’un passage à tabac. Il désignait des membres du SAC, le service d’ordre du RPR. Darmon est mort le 1er avril dernier, à 79 ans. Ses déclarations n’ont jamais été corroborées.
Retour sur sa mort
On est le 30 octobre 1979. Le corps de Robert Boulin, ministre du Travail et maire de Libourne, est retrouvé dans quelques centimètres d’eau dans un étang de Rambouillet. Sur le pare-brise de sa voiture : un mot de sa main, « Embrassez éperdument ma femme ». Des lettres annonçant son suicide avaient été envoyées à plusieurs proches. Conclusion initiale : suicide, lié à une affaire judiciaire instruite par un jeune juge normand, Renaud Van Ruymbeke. Sauf que, quelques années plus tard, des photos du corps refont surface. On y voit ce qui ressemble à des traces de coups. Les questions s’accumulent. La thèse du meurtre commence à s’installer.
Un mystère qui dure
Depuis, les livres, les documentaires et les prises de position se sont multipliés. La famille Boulin a toujours refusé la version officielle et défendu la piste criminelle donc l’idée que le ministre aurait été éliminé par son propre camp, pour l’empêcher de parler. Cette thèse est devenue majoritaire dans l’opinion. Mais des voix sérieuses ont toujours résisté : Robert Badinter, premier avocat de la famille, et Van Ruymbeke ont tous deux maintenu leur conviction : c’était un suicide. Quarante-six ans après, le pôle cold cases va tenter de trancher. Avec de nouveaux outils, de nouveaux regards. Peut-être, enfin, une réponse.
